Le bonheur, la dérivée de la vie

Petite réflexion liant vie et mathématique. Sans vouloir définir outre mesure le bonheur, concept philosophique _dont je ne saurai faire le tour_, je me suis rendu compte que le bonheur ne correspondait pas à un état de l’existence, mais à un changement d'état.

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Si l'on représente la vie comme un niveau en fonction du temps, on obtiendrait une courbe. Prenons un exemple très simple pour rendre concret ce concept :

le niveau de vie en fonction du temps

Nous avons en abscisse, le temps, et en ordonnée, le niveau de vie (cela peut s'entendre comme condition matérielle de l'existence, santé, style de vie, hiérarchie sociale... ce concept est subjectif, dépendant de chaque culture et de chaque individu ; chacun prendra le ou les critère(s) qui lui correspond(ent)).

 Nous sommes conditionnés (en tout cas, dans ma culture) pour considérer que le bonheur correspond à plusieurs critères : la bonne santé, la réussite sociale (économique, familiale)... et que plus les niveaux sont élevés, plus le bonheur est important (typiquement, quelqu'un en bon santé est censé être plus heureux que quelqu'un de malade) : plus les curseurs sont hauts, et plus on est heureux. Faux. Contrairement à ce que l'on pourrait croire au premier abord, le bonheur ne correspond pas à ce niveau de vie. En effet, cette vision des choses néglige un phénomène inévitable : l'habitude. Quand quelqu'un ne connaît qu'une réalité, il la considère comme normale. De même, quand quelqu'un a un niveau de vie constant, il s'y habitue, cela devient son standard. Et ce, quel que soit ce niveau de vie. Par exemple, on peut dormir toute sa vie sur de la pierre sans y trouver à redire, tout comme on peut dormir toute sa vie dans des lits douillés sans y trouver à redire. En revanche, considérons quelqu'un qui a dormi toute sa vie sur de la pierre, et qui apprend qu'il peut dormir sur un matelas, dans un lit, et qu'il considère que c'est mieux. Alors qu'auparavant, il ne lui serait pas venu à l'idée de se plaindre de la pierre, il est à présent très heureux de dormir dans un lit. Néanmoins, quelques nuits plus tard, il finit par s'endormir dans son lit avec le même niveau de contentement (moyen) qu'il avait lorsqu'il s'endormait sur de la pierre. Ce qui l'a rendu plus heureux qu'avant ce n'est donc pas de dormir dans un lit, mais de changer de façon de dormir. Son bonheur est à la hauteur du différentiel entre les deux états.

le niveau de vie et le bonheur en fonction du temps

Mon modèle est extrêmement simplificateur ; il ne prend pas en compte, pour reprendre mon exemple précédent, que si l'on hôte le lit à la personne considérée, celle-ci sera moins heureuse qu'initialement (en gros, on s'habite plus vite à une amélioration qu'à une dégradation de nos conditions de vie).

Néanmoins, cette vision des choses permet de rendre compte d'un phénomène très intéressant dans notre société consumériste _ qui promeut le bonheur par la consommation, par la possession d'objets. Notre modèle de société est fondé (en partie) sur la croissance, c'est à dire la croissance de la consommation énergétique, la croissance de production d'objets et donc la croissance d'achat de ces objets. Passée une certaine limite, la production ne correspond à aucun besoin (et quelle que soit la limite fixée, elle finira toujours par être dépassée, via la croissance). Il faut donc créer un sentiment de besoin (un désir, une frustration). C'est tout le rôle de la publicité. La publicité s'intéresse au bonheur des gens. Reprenons l'exemple précédent, et imaginons que la personne dormant sur de la pierre depuis toujours soit atteint par une publicité qui lui donne envie d'acheter un lit (typiquement en associant lit et sexe, même si le rapport entre les deux n'est pas immédiat il est vrai), et qu'il ait les moyens de cet achat. Il va alors être heureux, alors qu'il ne possède pas cet objet, par projection : il compare son état actuel avec son état futur ; le différentiel mesure son bonheur actuel, précédent la possession. Mais une fois l'objet acheté, la comparaison entre son état actuel et son état futur valant zéro, le bonheur retombe très vite (il va faire un temps la comparaison entre son état passé et son état présent, qui va être positive au début, mais, très vite, finalement, nulle). De même, si, atteint par la publicité, il n'a pas les moyens de cet achat, sa projection entre son état futur et son état futur voulu entraîne une différence négative, donc une sensation de malheur.

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Le bonheur comme dérivée du niveau de vie permet donc d'expliquer _ou d'appréhender efficacement_ pourquoi d'une part notre système consumériste marche si bien : il pousse très efficacement à la consommation, et d'autre part pourquoi il marche si mal : quelqu'un possédant beaucoup d'objets n'est pas forcément plus heureux que quelqu'un possédant peu d'objets (jusqu'à un certain point, il ne faut pas pousser mémé dans les orties non plus _mais là encore, on peut faire une comparaison en utilisant le concept de dérivée, selon d'autres critères).

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